Quoi de plus merveilleux que de se faufiler dans le lit de sa grand-mère pour y écouter des histoires issues de livres illustrés. Ces histoires, enfants, nous les connaissions presque par cœur et les images s’inscrivaient alors à jamais dans notre rétine.
Faites l’expérience, ouvrez un livre de votre enfance refermé depuis longtemps, il s’ouvrira presque sur l’instant précis où vous l’aviez quitté, au moment exact, à l‘endroit même où vous vous vous trouviez. Voyage magique dans le temps et comme sur un tapis volant dans l’esprit de l’enfant que vous étiez alors… L’expérience d’une immortalité minuscule..
La grand-mère de cette "histoire en petits carreaux de tissu" , accueille tous ses petits enfants dans son grand, très grand lit (alors qu’elle était toute petite et plutôt maigrichonne) et pourtant pas de recueil, pas de conte illustré à lire à voix haute, non, rien de tout cela, mais une formidable couverture, un patchwork de petites pièces de tissu aussi variées qu'infinies, étrange et unique harmonie de couleurs et de matières…
Cliquer pour agrandir
« Chaque recoupe, une histoire ». Car chaque petit morceau de tissu est bien sûr un grand point d’interrogation pour les loupiots aux aguets, oreilles tendues, tapis et pelotonnés à ses côtés. Et la grand-mère invariablement de répondre : « - Ah, celle-ci n’a rien à raconter… », avant de se lancer dans la genèse du petit bout d’étoffe, car bien sûr il avait quelque chose à révéler. Et le voyage de commencer…
Il y a le morceau de la robe sa fille enfant, la robe qui avait une poche où, disait-elle, vivait un gnome, c’est pourquoi elle y mettait toujours des galettes (d’ailleurs chaque soir, la galette avait à tous les coups disparu, preuve s’il en fallait une de l’existence dudit lutin…). Quant à ce morceau de tissu, mais il appartenait au tablier de votre arrière grand-mère, c’est dans la poche de ce tablier qu’elle conserva, inquiète et un peu malheureuse, la premier lettre qu’elle reçut de son mari, la missive y resta des mois durant jusqu’à la suivante…
Les bouts de tissu ont chacun une histoire à raconter, une histoire familiale, une histoire minuscule mais si importante, des moments de vie, des croisées de chemin qui mènent les enfants du passé à leur propre existence.
Cette couverture réchauffe les jambes et les petits pieds froids, elle est aussi un lien familial, affectueux, chaleureux où l’on peut sauter à cloche pied, d’un moment l’autre, au hasard et dans n’importe quel ordre…
A la mort de la grand-mère, tout le monde se l’arrachera un peu cette si belle couverture, mais l’histoire appartient à tout le monde, elle voyagera donc et continuera à s’enrichir de petits bouts de tissu, fragments de vie, qui iront côtoyer avec harmonie les plus anciens, c’est la même histoire qui continue !
Toute vie est une couverture, toute cousue d’instants fragiles, précieux, joyeux ou douloureux, tissée de liens familiaux, amicaux. Mais la couverture de ce livre merveilleusement contée par Isabel Minhos Martins et illustrée par Yara Kono nous parle aussi de transmission, de génération en génération, pour dire d’où nous venons, à qui nous appartenons… S’enracinez, prendre son essor dans le passé pour aller de l’avant et construire sa propre histoire et coudre à son tour des petits bouts de tissu.
Un très joli album, tout en délicatesse et en poésie qui séduit les plus petits comme les plus grands, car il nous parle de nous aussi (et nous donne envie de confectionner à notre tour notre propre couvre-lit…)
Publié par l’excellente maison d’édition Notari.
Découvert grâce à Vanessa (merci !!!). Son billet ICI.
Une petite razzia ayant été faite chez cet éditeur, je devrais, si les petits cochons ne me mangent pas, en parler à nouveau très prochainement. Attention pépites !


Merci beaucoup!
RépondreSupprimer